Dans l’archipel de Kassa, au large de Conakry, les rivages donnent l’image d’un combat permanent contre les déchets plastiques. Pour Mohamed Lamine Sylla, chef du quartier de Kassa, cette pollution n’est pas seulement locale. Une grande partie des ordures qui envahissent les plages est charriée par la mer elle-même, après avoir été jetée dans les eaux de Conakry. « La mer finit toujours par rejeter ce qu’on y déverse, » explique-t-il. Résultat : les plages de Kassa se retrouvent saturées de plastiques que les habitants n’ont pas produits.

Face à cette situation, une coopérative de femmes balaie régulièrement les plages malgré des moyens très limités. Mais les déchets continuent de s’accumuler et leurs conséquences s’étendent bien au-delà de l’esthétique des plages. Ils perturbent la pêche, principale activité des îles. Les pêcheurs perdent parfois une journée entière car leurs filets se remplissent de plastique au lieu de poissons.
Les déchets ramassés sont expédiés à Conakry, faute d’infrastructures locales capables de les transformer. Pourtant, les habitants savent que ces plastiques pourraient servir à fabriquer des dallettes ou d’autres matériaux utiles, mais aucune unité de transformation n’existe sur place.

L’archipel porte également les traces d’un passé minier méconnu. L’exploitation de la bauxite a commencé ici dès les années 1947-1950. À cette époque, la terre était fertile et abondamment cultivée. L’arrivée des pelleteuses de la « bauxite du Midi » a bouleversé cet équilibre. Selon Mohamed Lamine Sylla, « partout où les engins ont creusé, les sols ont perdu leur richesse. Contrairement aux autres zones minières du pays, les îles n’ont bénéficié d’aucune compensation. Aujourd’hui, l’agriculture n’est possible qu’en creusant un forage à proximité des champs pour irriguer les cultures » car la proximité de la mer accélère l’évaporation et assèche les sols.
L’accès à l’eau potable demeure l’un des problèmes les plus critiques de l’archipel. Les habitants vivent encore grâce à des puits construits à l’époque coloniale. Pendant la saison sèche, l’eau se raréfie au point que seuls ceux qui ont financé leur propre forage disposent d’un accès régulier à l’eau courante. Cette précarité limite fortement le maraîchage, qui n’est possible qu’en installant un forage près des cultures.

Entre pollution plastique persistante, pénurie d’eau potable et terres appauvries par un passé minier oublié, les îles de Loos sont confrontées à une triple crise environnementale. Pourtant, les initiatives locales et la volonté des habitants laissent entrevoir la possibilité d’un renouveau, à condition que les autorités et les institutions de recherche accompagnent durablement ces communautés insulaires.
Boèboè Béavogui


Commentaires récents