Situé sur l’île de Kassa, le quartier de Soro fait partie de ces localités littorales de la Guinée dont le quotidien est profondément bouleversé par l’aggravation de la pollution et les effets visibles du changement climatique. Son chef de secteur, Moussa Yatara, lance un cri d’alarme sur une situation qui menace non seulement l’environnement, mais aussi l’activité économique essentielle de cette communauté : la pêche.

Chef de secteur depuis plusieurs années, Moussa Yatara rappelle l’héritage de Soro, fondé par des pêcheurs maliens. « Avant, Soro s’appelait village des pêcheurs », explique-t-il avec une pointe de nostalgie. Le quartier jouait un rôle important dans l’alimentation des îles environnantes, approvisionnées en poissons frais. Mais aujourd’hui, cette vocation semble compromise.

La cause principale l’arrivée massive des déchets marins sur les plages. « Ça nous cause d’énormes difficultés », insiste le chef de secteur, décrivant des amas de plastique rejetés par l’océan et s’accumulant le long du littoral. Ces déchets empêchent les pêcheurs de travailler correctement. « Aujourd’hui, quand on met le filet, ça ne fait que ramasser du plastique », déplore-t-il. Une situation qui, selon lui, entraîne une chute de la production halieutique et menace la sécurité alimentaire locale.
Au-delà des impacts économiques, Moussa Yatara s’inquiète aussi des conséquences sanitaires. Il redoute que la pollution plastique contamine la chaîne alimentaire : « Si les poissons mangent le plastique, et l’être humain aussi mange ces poissons-là, c’est comme si tu as mangé le plastique ». Les risques liés aux microplastiques, largement documentés par les experts, renforcent la pertinence de cette inquiétude.
Soro fait également face à un autre défi grave : l’avancée de la mer. Selon les témoignages transmis aux habitants, le trait de côte aurait reculé de plus de 300 mètres. « Bien avant ma naissance, il existait une mosquée au milieu de la mer », raconte Moussa Yatara. Aujourd’hui, les infrastructures, les habitations et même le cimetière sont touchés. « L’eau ne fait qu’avancer. La cimentière est dégradée. Même nos bâtiments sont impactés », affirme-t-il, soulignant des scènes d’inondations récurrentes en saison des pluies.

Face à ce double fléau, les habitants tentent de s’organiser avec leurs propres moyens. Sans soutien technique ni dispositifs de protection officiels, ils ont entrepris de renforcer manuellement le littoral : « Tu vas avec ta petite famille, vous ramassez du granit et vous mettez au ventre de la mer ». Un système improvisé, insuffisant, mais aujourd’hui le seul rempart contre l’érosion.
Entre pollution, recul du littoral et baisse de la pêche, le témoignage de Moussa Yatara met en lumière l’urgence d’une intervention publique et collective pour protéger ce village insulaire qui lutte pour sa survie.
Boèboè Béavogui


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