L’île de Kassa, considérée comme l’un des joyaux naturels de la Guinée, fait face à une crise environnementale croissante liée à la gestion des déchets. Le centre de tri construit en 2022 grâce à l’appui de l’ONU-Habitat demeure fermé, laissant la commune sans solution durable et exposée à l’accumulation progressive d’ordures ménagères et plastiques. Lors d’une visite de terrain, un groupe de journaliste travaillant sur les questions environnementales a donné la parole à deux voix centrales dans ce dossier pour apporter des éclairages. Alseny Camara est secrétaire administratif de la commune et Dr Mamadou Yaya Baldé, expert en environnement.
Le centre de tri, pourtant essentiel à la salubrité de l’île, n’a jamais été fonctionnel a affirmé Alseny Camara dès l’entame de sa prise de parole.
« Le bâtiment nous a été remis début 2024, mais sans aucun équipement. L’entreprise n’était chargée que de l’infrastructure, et l’équipement devait venir d’ONU-Habitat, qui s’est retiré brusquement en laissant le projet inachevé », explique-t-il. Une réalité qui donne l’impression d’un centre tri construit mais laissé pour compte.
Ce qui a contraint la commune à improviser des mécanismes de collecte. Avec l’appui de la garde communale et des femmes mobilisées dans les dix secteurs de Kassa et Fotoba, les déchets ménagers sont aujourd’hui collectés deux fois par semaine.
« Nous ne pouvions pas les déposer dans le centre, faute de personnel pour les trier. Pour éviter de remplir le bâtiment inutilement, nous avons stocké les ordures à l’extérieur », ajoute-t-il.

Enabel, chargé de poursuivre le programme Sanita Ville Propre, a exigé l’opérationnalisation préalable du centre avant toute intervention, ce qui implique que la commune recrute du personnel à ses propres frais. Une charge financière que la mairie ne peut assumer pour l’instant.
Cela fait près d’un an que le centre reste fermé, malgré les besoins urgents de la population.
« Si le centre fonctionnait, il créerait des emplois pour les jeunes et pour les femmes, et permettrait de valoriser les déchets en pavés ou en compost. Mais sans équipements ni fonds, nous sommes bloqués », regrette M. Camara de la mairie.
Une île menacée par l’émergence d’un “dépotoir sauvage”

Lors de cette visite, Dr Mamadou Yaya Baldé, environnementaliste, a dressé un constat peu reluisant de la situation des déchets avant d’interpeler en ces termes « les déchets constituent un danger environnemental à multiples facettes. Devant nous, il y a un dépotoir sauvage en gestation. Si rien n’est fait, il risque de devenir une nouvelle décharge comparable à celle de Dar-es-Salaam à Conakry », avertit-il.
Avec une population estimée à 20 017 habitants, l’île court un risque réel de saturation
« Si tout le monde envoie ses déchets ici, dans cinq ans, on n’aura plus où poser les pieds sur plusieurs hectares », prévient-il.
Un potentiel de valorisation énorme mais inexploité
Malgré l’absence d’étude complète de caractérisation des déchets, Dr Baldé observe une forte proportion de matières valorisables tel que des déchets organiques compostables, pouvant servir à l’agriculture et soutenir les groupements de femmes maraîchères mais également des déchets plastiques PET, abondants et recyclables même localement.
« Il ne faut pas forcément de gros moyens. Une dizaine de personnes, une source d’eau, des bâches, et on peut produire du compost de qualité. Le plastique, lui aussi, peut être valorisé à petite échelle si la volonté existe », insiste-t-il.
Il recommande à la commune de se rapprocher de l’Institut de Recherche en Environnement de Guinée, qui accompagne déjà plusieurs groupements maraîchers dans la gestion durable des déchets « Nous maîtrisons ces techniques et nous pouvons aider Kassa à réduire l’impact environnemental tout en créant des revenus locaux », assure-t-il.
Une solution durable est-elle possible ?
Malgré les difficultés, la commune tente de maintenir un minimum de propreté. Les “points noirs” qui accumulaient autrefois les déchets ont été éliminés grâce à une politique communautaire soutenue. Mais pour aller plus loin, le fonctionnement du centre demeure la clé. « Nous réfléchissons à mettre en place une petite PME locale pour gérer les déchets. Mais tant que nous n’avons ni personnel, ni équipements, le centre restera fermé et les ordures continueront de s’amasser », conclut M. Camara.
La situation de Kassa illustre à elle seule les défis majeurs de la gestion des déchets dans les communes insulaires : infrastructures inachevées, financement insuffisant, responsabilités partagées, et risques environnementaux croissants. Sans un engagement coordonné entre autorités, partenaires techniques et populations locales, l’île pourrait perdre progressivement son potentiel touristique et écologique.
Boèboè Béavogui


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