Face à l’ampleur croissante de l’incivisme environnemental en Guinée, les autorités ont intensifié leurs actions. Dans la nuit du 9 au 10 novembre 2025, une opération conjointe menée par les services du CMIS 3, le Gouvernorat de Conakry, le Ministère de l’Hydraulique et des Hydrocarbures et l’ANASP a abouti à l’interpellation de dix individus surpris en flagrant délit de dépôts sauvages d’ordures sur les tronçons Cosa–T7, à Matoto et Lambanyi. Un fait divers qui pourrait sembler anodin, mais qui révèle en réalité l’un des défis majeurs de la gouvernance urbaine en Guinée.
Un problème ancien qui fragilise la santé publique et l’image du pays
L’insalubrité chronique de Conakry n’est pas nouvelle. Dépôts anarchiques d’ordures, décharges spontanées sur les trottoirs, canalisations obstruées, pollution des cours d’eau… Les nuisances sont désormais visibles dans toutes les communes de la capitale. Leur impact est lourd :
multiplication des maladies hydriques, inondations récurrentes dues aux caniveaux obstrués, dégradation du cadre de vie, perte d’attractivité économique, affaiblissement des efforts nationaux pour une transition environnementale crédible.
Dans ce contexte, les arrestations opérées ce 10 novembre s’inscrivent dans une démarche visant à rétablir l’ordre, la discipline et un minimum de respect de l’espace public. Les contrevenants, après avoir reconnu les faits, ont été sanctionnés d’une amende de 5 millions GNF et de trois jours de travaux d’intérêt public. Une décision qui se veut dissuasive et pédagogique.
Pourquoi cette initiative est nécessaire, mais insuffisante sans une stratégie globale
Cette opération d’envergure mérite d’être saluée pour plusieurs raisons :
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Elle envoie un signal fort : la lutte contre l’incivisme n’est plus un slogan, mais une action concrète.
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Elle met en lumière la responsabilité individuelle, trop souvent occultée dans le débat sur la salubrité publique.
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Elle rappelle que la propreté urbaine est un enjeu de santé publique, pas un simple débat esthétique.
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Elle constitue une première étape vers une gouvernance plus rigoureuse et plus exigeante.
Toutefois, si l’initiative est bien fondée, elle ne peut suffire à régler un problème systémique. Le manque de poubelles publiques, l’insuffisance de services de collecte, la faiblesse du recyclage, la faible implication des communes et l’absence de sanctions durables rendent le phénomène récurrent.
En d’autres termes : sanctionner est nécessaire, mais prévenir, informer, équiper et responsabiliser le citoyen est indispensable.
Pour une stratégie nationale de propreté : entre mobilisation citoyenne et réformes institutionnelles
La lutte contre l’insalubrité doit dépasser les opérations ponctuelles. Elle implique :
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une politique de gestion des déchets modernisée,
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un système efficace de tri, de valorisation et de recyclage,
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des partenariats avec les entreprises, ONG, associations de jeunes et femmes,
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une véritable éducation environnementale dès l’école,
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des moyens logistiques renforcés pour les communes,
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une coordination multisectorielle entre État, collectivités et société civile.
D’autres pays africains ont réussi ce pari, grâce à des politiques cohérentes et à une responsabilisation collective. La Guinée peut suivre cette voie.
Un signal encourageant, mais la réussite dépend de l’engagement de tous
L’opération menée à Conakry marque une étape importante dans la lutte contre l’incivisme environnemental. Elle montre que les autorités sont prêtes à agir et à sévir. Mais pour transformer durablement les pratiques, il faudra aller bien au-delà des arrestations.
Les autorités doivent renforcer les infrastructures, moderniser la gestion des déchets et instaurer des politiques cohérentes et durables.
Les citoyens doivent changer leurs habitudes, comprendre l’impact de leurs actes et devenir des acteurs de la propreté urbaine.
Les ONG, les experts environnementaux et la société civile doivent poursuivre la sensibilisation, proposer des solutions innovantes et jouer leur rôle de veille et d’accompagnement.
Parce qu’en matière d’environnement, aucun geste n’est neutre et aucune nation ne peut se développer dans l’insalubrité, la réussite de cette lutte dépend de chacun.
Pour une Guinée propre, saine et moderne, c’est maintenant qu’il faut agir.
Karim Camara


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