Elle est là, tapie dans le cœur d’Abidjan, plus ancienne que la plupart des immeubles qui l’entourent, plus discrète que le tumulte urbain. La forêt du Banco, vénérable géante de 3 433 hectares, respire en silence depuis près d’un siècle, absorbant les pollutions, filtrant l’eau, et murmurant des leçons d’équilibre à qui veut bien l’écouter.
Une aînée bienveillante
Elle absorbe plus de 35 000 tonnes de gaz carbonique, soulageant une ville étouffée par les moteurs. Dans ses entrailles, un forage d’eau potable jaillit, offrant 40 % de l’eau que boivent les habitants d’Abidjan. Sans elle, la capitale suffoquerait. Mais rares sont ceux qui la remercient.
Une mémoire enracinée dans l’histoire
Ses premiers arbres ont été plantés dans les années 1930, pour former les élèves forestiers. En 1937, son destin commence à se dessiner. Et c’est le 31 octobre 1953 qu’elle reçoit officiellement le titre de Parc national, protégée désormais par l’Office Ivoirien des Parcs et Réserves (OIPR).
Depuis, elle a vu passer des milliers d’élèves, de curieux, de marcheurs. Mais elle se souvient aussi des jours sombres : le braconnage, la destruction, les intrusions humaines. Elle a survécu, mais non sans cicatrices.
Une biodiversité qui chuchote encore
En son sein, des chimpanzés, des gazelles, des singes, des reptiles, des oiseaux et des rongeurs cohabitent dans une symphonie discrète. Parmi ses arbres, l’Aguiya se distingue : sacré dans le nord du pays, utilisé pour les masques traditionnels, les pirogues, et les médicaments contre l’éléphantiasis.
Mais le Banco a perdu ses éléphants. Et sans eux, l’Aguiya ne se régénère plus. Car c’est le ventre chaud de l’éléphant qui active ses graines. Le lien est rompu.
Le Canarium, sentinelle du temps
Le Canarium Constructi, lui, trône fièrement dans l’arborétum. Il a plus de 200 ans. Sa sève soigne l’hypertension et la toux. C’est une relique vivante, témoin d’une époque où l’on vivait encore au rythme des saisons. Il ne parle pas, mais il impose le respect.
Une forêt qui veut être aimée, pas seulement visitée
Aujourd’hui, des guides comme Ouedraogo Abdoul Aziz parlent en son nom. Pour 1 000 FCFA pour les citoyens de la CEDEAO, 500 FCFA pour les enfants et 5 000 FCFA pour les autres, les visiteurs entrent dans cette forêt. Mais trop souvent, ils regardent sans comprendre facilement.
Le Banco ne cherche pas des visiteurs. Elle espère des protecteurs, des alliés, des enfants qui apprendront à la défendre.
Une doyenne en sursis !
La forêt du Banco n’a pas besoin de parler fort pour exister. Mais elle pourrait, un jour, se taire pour de bon. Et ce jour-là, Abidjan perdra bien plus qu’un parc.
Car perdre le Banco, ce n’est pas seulement perdre des arbres. C’est perdre un filtre naturel, un patrimoine culturel, un professeur silencieux, et une source de vie. Il est temps de l’écouter, de la protéger, de la respecter. Avant qu’elle ne se transforme en simple souvenir.
De retour du Banco, Mamadou Oury Bah


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