La tension demeure palpable dans la préfecture de Siguiri, quelques jours après les affrontements meurtriers survenus entre Kolenda, en Guinée, et Danka, au Mali. À ce climat déjà explosif s’ajoute l’assassinat du jeune chasseur Mamby Diallo, originaire de Sèkè dans le district de Kolenda, dans la commune rurale de Doko, préfecture de Siguiri, un drame qui a ravivé les frustrations et mis en lumière les fragilités structurelles de cette zone frontalière.
Le dimanche 12 avril 2026, les femmes de Sèkè Kolenda sont massivement descendues dans la rue pour dénoncer l’insécurité persistante et interpeller les autorités. Foulards rouges sur la tête, certaines munies d’objets symboliques, elles ont exprimé leur ras-le-bol face à une situation qu’elles jugent devenue incontrôlable. Leur message est clair : la sécurité des populations doit être une priorité immédiate.
Mais au-delà de l’émotion suscitée par ce drame, cette mobilisation met en lumière un problème plus profond : celui de la gouvernance des zones aurifères transfrontalières. En effet, les affrontements du 8 avril dernier trouvent leur origine dans un différend autour d’un site d’orpaillage exploité depuis près de 40 ans, révélant l’absence de mécanismes efficaces de régulation entre les deux pays.
Une analyse du cadre juridique minier en vigueur faite au sein de l’ONG Action Mines Guinée montre des approches similaires, mais insuffisantes face à la complexité du terrain. « En Guinée, l’orpaillage est strictement encadré par le Code minier, qui le réserve aux nationaux et le soumet à autorisation dans des zones définies par l’État. Au Mali, le Code minier de 2023 prévoit également un encadrement à travers des couloirs d’exploitation artisanale, placés sous la gestion des collectivités territoriales », avance-t-on.
Cependant, ces dispositifs présentent une limite majeure : aucun des deux cadres juridiques ne traite spécifiquement de l’exploitation des sites transfrontaliers. Ce vide juridique crée un terrain propice aux conflits, où les règles nationales peinent à s’appliquer dans des espaces où les frontières restent floues ou contestées.
À cela s’ajoutent des dysfonctionnements institutionnels. Selon certaines sources locales, des démarches entreprises par les autorités guinéennes, notamment le maire de la commune rurale de Doké, seraient restées sans réponse du côté malien. Une situation qui alimente les soupçons de conflit d’intérêts et renforce le sentiment d’abandon des populations locales.
Dans ce contexte, les revendications des femmes de Sèkè Kolenda, notamment la matérialisation effective de la frontière entre la Guinée et le Mali, traduisent une aspiration à plus de clarté, de sécurité et de justice. Mais cette solution, à elle seule, suffira-t-elle à prévenir de nouveaux affrontements dans une zone où les enjeux économiques liés à l’or attisent les tensions ?
Alors que les appels à une intervention urgente se multiplient et que la peur de nouvelles violences persiste, une question de fond se pose : face à la complexité des dynamiques locales et transfrontalières, les États peuvent-ils continuer à gérer ces espaces stratégiques avec des cadres juridiques strictement nationaux, ou est-il temps d’envisager des mécanismes de gouvernance concertée et adaptés aux réalités du terrain ?
Oury Bah


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