La Guinée et les États-Unis ont franchi une nouvelle étape dans leur coopération économique avec la signature, le jeudi 4 février à Washington, d’un protocole d’accord sur les minéraux critiques. Bien que non contraignant sur le plan juridique, ce cadre de coopération — consulté par Mediaguinee — fixe des orientations stratégiques majeures visant à sécuriser les chaînes d’approvisionnement et à stimuler des investissements structurants.
Sécuriser l’accès aux minéraux stratégiques
Au cœur de cet accord figure la volonté commune de garantir un accès durable et fiable aux minéraux critiques, indispensables au développement des technologies de pointe et de la transition énergétique. Les parties signataires s’engagent à renforcer leur coopération afin de réduire les vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement mondiales, notamment à travers les outils existants liés à la demande industrielle, aux capacités de stockage et aux réserves stratégiques.
Pour Washington comme pour Conakry — représentée lors de la signature par le ministre des Mines, Bouna Sylla — l’enjeu est double : sécuriser l’approvisionnement tout en limitant la dépendance à des marchés jugés instables ou marqués par des pratiques commerciales non concurrentielles.
Mobilisation des investissements publics et privés
Le protocole d’accord accorde une place centrale à l’investissement dans l’extraction, la transformation et le traitement des minéraux critiques, y compris les terres rares. Les signataires entendent mobiliser à la fois les gouvernements et le secteur privé à travers une palette d’instruments financiers : garanties, prêts, investissements en capital, assurances, accords d’achat ou encore mesures de facilitation réglementaire.
Dans cette dynamique, les deux pays prévoient d’identifier conjointement des projets prioritaires destinés à combler les maillons faibles des chaînes d’approvisionnement. Dans un délai de six mois, des mécanismes de soutien financier devraient être activés pour appuyer des projets situés en Guinée comme aux États-Unis, avec pour objectif la production de produits finis destinés aux marchés nationaux.
Le texte introduit également un principe de « première opportunité » d’investissement, permettant à chaque partie — dans le respect de ses lois nationales — d’être prioritaire pour investir dans des actifs de minéraux critiques découverts ou cédés par des entreprises opérant sur le territoire de l’autre. Par ailleurs, les signataires affichent leur volonté de renforcer leurs outils diplomatiques et réglementaires afin de dissuader la cession d’actifs stratégiques pour des raisons liées à la sécurité nationale, dans un contexte de compétition internationale accrue autour de ces ressources.
Prix, recyclage et coopération internationale
La question de la tarification des minéraux critiques occupe également une place importante dans l’accord. Les parties signataires affirment leur intention de protéger leurs marchés contre les politiques non marchandes et les pratiques commerciales déloyales, notamment à travers des mécanismes de régulation comme les prix planchers. Elles ambitionnent également de travailler avec d’autres partenaires internationaux à l’élaboration d’un cadre mondial répondant aux défis de la fixation des prix à l’échelle internationale.
En parallèle, le protocole d’accord encourage les investissements dans le recyclage des minéraux et la gestion des déchets miniers, dans une optique de diversification, de durabilité et de résilience des chaînes d’approvisionnement.
Enfin, le texte précise les modalités de mise en œuvre et de suivi de la coopération, prévoyant des évaluations post-projets, des réunions régulières à la demande de l’une ou l’autre des parties, ainsi que la possibilité pour chaque signataire de mettre fin à sa participation moyennant un préavis.
Karim Camara


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