À Conakry, les 10 et 11 décembre 2025, Action Mines Guinée a réuni des organisations de la société civile pour un diagnostic sans concession de la participation citoyenne dans le processus ITIE. Au cœur des débats : l’application effective de l’Exigence 1.3 de la Norme ITIE 2023, pilier d’une gouvernance extractive crédible et inclusive.
La transparence dans la gouvernance des ressources minières ne peut se réduire à la publication de rapports techniques. Elle suppose avant tout un espace civique libre, sûr et inclusif, permettant à la société civile de participer pleinement au débat public et aux instances décisionnelles. C’est autour de ce constat qu’Action Mines Guinée, avec l’appui de Transparency International Australia (TIA) et de l’Extractive Global Programmatic Support (EGPS), a organisé un atelier national consultatif sur la participation de la société civile dans le processus ITIE.
Pendant deux jours, 25 acteurs issus d’organisations de la société civile, membres et non membres du comité de pilotage de l’ITIE, ont confronté leurs analyses sur l’état réel de l’espace civique en Guinée et sur les dysfonctionnements du groupe multipartite. L’objectif était clair : dépasser les discours formels pour identifier les obstacles structurels qui limitent l’impact du processus ITIE sur la gouvernance minière.
Un écart préoccupant entre engagements et réalités
Si la Guinée a adhéré à l’ITIE et s’est engagée à respecter l’Exigence 1.3 de la Norme 2023, les discussions ont mis en évidence un décalage persistant entre les principes affichés et leur mise en œuvre. Autocensure des acteurs de la société civile, restrictions administratives, marginalisation dans les espaces de décision, faiblesse des ressources financières et humaines du processus ITIE : autant de facteurs qui affaiblissent la participation citoyenne.
Les échanges ont également mis en lumière la tendance à réduire l’ITIE à un exercice de conformité administrative, centré sur la production de rapports souvent tardifs et peu disséminés. Une approche jugée insuffisante pour répondre aux enjeux structurants du secteur extractif, tels que la traçabilité des revenus miniers, la gestion du Fonds de développement économique local (FODEL), la transparence des contrats ou la lutte contre la corruption.

Une société civile en quête de cohérence et de leadership
Le panel consacré au diagnostic du contexte de participation de la société civile a permis un débat franc entre représentants du collège société civile et organisations non membres. Les participants ont souligné le déficit de coordination interne, le manque de communication entre représentants et bases organisationnelles, ainsi que l’absence de cadres réguliers d’échanges et de concertation.
Plusieurs intervenants ont également alerté sur la fragilisation du processus ITIE depuis 2021, marquée par des difficultés financières récurrentes, un Plan de Travail et Budget Annuel (PTBA) non actualisé et une gouvernance institutionnelle peu fonctionnelle. Cette situation compromet non seulement la régularité des rapports ITIE, mais surtout leur capacité à nourrir le débat public et à influencer les politiques publiques.

Repenser l’ITIE pour lui redonner du sens
Au-delà du constat, l’atelier a permis de formuler des recommandations concrètes : renforcer la coordination entre OSC membres et non membres du comité de pilotage, documenter systématiquement les cas de restriction de l’espace civique, élargir les plateformes de dialogue multi-acteurs et réviser le cadre juridique encadrant l’ITIE, notamment la loi L/013.
Les participants ont également plaidé pour une appropriation plus stratégique des nouvelles exigences de la Norme ITIE 2023, notamment celles liées à la transition énergétique, au changement climatique, à l’inclusion et à la lutte contre la corruption. Pour eux, seule une société civile organisée, outillée et libre pourra jouer pleinement son rôle de veille, de proposition et de contre-pouvoir.

Une condition non négociable pour la gouvernance minière
Les travaux ont été unanimes sur un point : sans un environnement civique ouvert et sécurisé, l’ITIE en Guinée risque de perdre sa crédibilité et son utilité sociale. Garantir l’application effective de l’Exigence 1.3 n’est pas une option, mais une condition indispensable pour faire de l’ITIE un véritable levier de transparence, de redevabilité et de développement durable.
À l’issue de cet atelier, la société civile appelle les autorités et l’ensemble des parties prenantes à transformer les engagements en actes concrets. Car sans participation citoyenne réelle, la transparence extractive restera un slogan, loin des attentes des populations guinéennes.


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