Malgré un important potentiel en bauxite, l’Afrique ne dispose encore que d’une faible capacité de raffinage de ce minerai. Une situation qui limite jusqu’ici ses bénéfices dans une filière à forte valeur ajoutée comme l’alumine, dont le marché est attendu en forte croissance d’ici 2030.
Le vendredi 12 décembre, l’État guinéen a annoncé le démarrage des travaux de construction d’une raffinerie d’alumine d’un coût de plus de 1,2 milliard USD à Boké, en partenariat avec Winning Consortium Alumina Guinea (WCAG). Ce développement s’inscrit dans une tendance plus large de projets similaires à l’échelle africaine, où les capacités de production d’alumine restent limitées malgré un important potentiel en bauxite.
Guinée, Cameroun, Ghana : un mouvement d’ensemble…
Ce paradoxe est bien mis en évidence dans le rapport « A Dozen Critical Minerals for Africa’s Growth and Development » de la Banque africaine de développement (BAD). Publié en novembre 2025, le document souligne que bien que le continent concentre 29 % des réserves mondiales de bauxite, il dispose encore de moins de 1 % des capacités mondiales de raffinage d’alumine (produit issu de la transformation de la bauxite et intermédiaire à aluminium). Une situation que la Guinée cherche à changer ces dernières années, en incitant notamment les producteurs à implanter des raffineries sur son territoire.

Ainsi, avant le lancement de la raffinerie portée par WCAG, le premier producteur mondial de bauxite avait déjà engagé en mars dernier, la construction d’une autre usine d’alumine à Boffa. D’un coût de 1,03 milliard USD, ce projet développé par le groupe chinois State Power Investment Corporation (SPIC) devrait afficher à terme une capacité annuelle de 1,2 million de tonnes d’alumine, un volume équivalent à celui visé par WCAG.
L’australien Canyon Resources, qui développe le projet de bauxite Minim Martap au Cameroun, entend également s’inscrire dans cette dynamique. La société a annoncé en octobre le lancement d’une étude de faisabilité en vue du développement d’une raffinerie destinée à maximiser la valeur de l’actif minier. L’achèvement de cette étude est prévu pour le troisième trimestre 2026.
Parallèlement, le Ghana affiche lui aussi l’ambition de mieux valoriser sa bauxite, avec le développement d’au moins deux raffineries pour une capacité combinée estimée à entre 4 et 6 millions de tonnes d’alumine. Des accords ont déjà été conclus dans cette optique, notamment avec la société grecque Mytilineos SA.
Tirer profit d’un marché plus attractif
Il faut noter que plusieurs enjeux entourent ces initiatives. En cas de concrétisation, elles peuvent renforcer les capacités africaines de valorisation de la bauxite, tout en permettant à leurs pays hôtes ainsi qu’à leurs promoteurs de se positionner sur un marché de l’alumine plus attractif. À titre d’illustration, sur la Bourse des métaux de Londres, l’alumine pour livraison en janvier s’échangeait à 311 USD la tonne le dimanche 14 décembre, contre 81,5 USD la tonne pour la bauxite sur le Shanghai Metals Market.
Ces dynamiques s’inscrivent également dans un contexte de forte hausse attendue de la consommation mondiale d’aluminium, dans les prochaines années. Selon un rapport publié en 2022 par l’International Aluminium Institute (IAI), il faudra produire 33,3 millions de tonnes supplémentaires du métal pour répondre à la croissance de la demande de tous les secteurs industriels. Une évolution qui peut par ricochet stimuler les besoins en alumine, dont le marché est attendu à 67 milliards USD d’ici 2032, contre 42 milliards USD en 2024, selon le cabinet de recherche Verified Market Research.

Pour autant, peu d’éléments permettent encore d’évaluer concrètement la contribution future de ces projets aux capacités africaines de raffinage d’alumine. Par ailleurs, notons que la valorisation de la bauxite nécessite un approvisionnement énergétique fiable et efficient, alors que près de 600 millions de personnes vivent encore sans accès à l’électricité sur le continent. Selon l’Atlantic Council, l’extraction de la bauxite consomme environ 34 kWh par tonne métrique, contre plus de 3000 kWh pour son raffinage en aluminium.
Source: Agence Ecofin


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