L’annonce d’Ousmane Sonko de réduire les prix de l’électricité, du gaz et des carburants vise à soulager les ménages sénégalais. Mais cette décision, saluée sur le plan social, a provoqué un repli immédiat des obligations du pays, selon nos confrères de l’agenceecofin.
Lundi 27 octobre, le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko (photo), a détaillé sa volonté de réorienter les dépenses publiques pour répondre aux préoccupations sociales. Il a ainsi promis des baisses « au cours des prochains jours » sur les tarifs de l’électricité, du gaz et des produits pétroliers.
Cette annonce intervient après plusieurs semaines de tension autour du coût de l’énergie. Le 17 octobre, des consommateurs et des représentants de petites et moyennes entreprises ont manifesté pour dénoncer les hausses de tarifs et le manque de transparence du système de tarification.
Les ménages, dont 72 % utilisent les compteurs prépayés, affirment que leurs crédits d’électricité s’épuisent plus vite, accentuant la pression sur le pouvoir d’achat. Pour les petites entreprises, la hausse du prix de l’énergie se répercute directement sur le coût des biens de première nécessité.
Par ailleurs, Dakar mise aussi sur l’entrée en production du gaz national pour réduire les coûts structurels de l’énergie et renforcer la compétitivité des entreprises locales.
Mais le timing de l’annonce a surpris les investisseurs. Elle intervient alors qu’une mission du Fonds monétaire international (FMI) se trouve à Dakar pour négocier un nouveau programme de prêts, après la suspension d’un précédent accord de 1,8 milliard de dollars, liée à la découverte de « dettes non déclarées ».
Le FMI considère les subventions énergétiques comme un facteur de déséquilibre budgétaire, car elles alourdissent la dette publique, surtout dans un contexte où l’urgence est de contenir un ratio dette/PIB désormais supérieur à 100 %. En promettant des baisses de prix, le gouvernement prend donc le contre-pied de cette exigence.
Les marchés ont réagi rapidement. L’eurobond 2028 s’est déprécié de 2 cents pour s’établir à 82,88 cents par euro, tandis que l’obligation en dollars échéance 2033 a reculé à 69,32 cents. Les investisseurs redoutent que cette politique n’entraîne une reprise des dépenses de subvention et compromette le rétablissement budgétaire.
Le gouvernement devra désormais démontrer que cette mesure ne remet pas en cause ses engagements macroéconomiques. S’il parvient à financer la baisse des tarifs par une meilleure allocation budgétaire et non par des dépenses supplémentaires, la crédibilité financière du pays pourrait être préservée.
Mais le message envoyé reste ambigu, car répondre à une urgence sociale est politiquement nécessaire, mais rassurer les marchés l’est tout autant. Le Sénégal joue désormais une partie d’équilibriste entre justice sociale et rigueur budgétaire.
Source: Agence Ecofin


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