Dans la nuit du mercredi 20 août, le flanc du mont Kakoulima s’est effondré sur plusieurs habitations dans la commune urbaine de Manéah. Le dernier bilan communiqué par l’Agence nationale de gestion des urgences et catastrophes humanitaires (ANGUCH) fait état de 19 morts et 11 blessés, tandis que les opérations de recherche et de sauvetage se poursuivent. Derrière les chiffres se dessine une catastrophe qui interroge autant sur les causes naturelles que sur les choix humains et institutionnels.
Les causes d’un drame évitable !
La forte pluviométrie enregistrée ces derniers jours a aggravé un terrain déjà fragilisé. Deux facteurs apparaissent déterminants selon l’analyse de plusieurs spécialistes. Il y a tout d’abord l’urbanisation anarchique qui fait que plusieurs habitations ont été construites à flanc de colline, dans une zone manifestement à risque, sans respect des normes de sécurité ni contrôle effectif et rigoureux des autorités compétentes.
En deuxième lieu, certains spécialistes de l’environnement pointent un doigt accusateur aux entreprises qui ont tracé la route le Prince. Le tracé des travaux réalisés au pied du mont par des entreprises telles que BGEC, Guiter et Guicopress ont décapé la base de la montagne, affaiblissant sa stabilité naturelle. Ce choix d’infrastructure, sans mesures compensatoires suffisantes, a contribué à précipiter l’effondrement.
La pression démographique, conjuguée au manque de planification urbaine, a transformé une zone à risque en quartier résidentiel, tandis que les travaux des entreprises ayant décapé la base du mont sans mesures de protection ont accentué sa fragilité. Ce cocktail a précipité la tragédie.
La responsabilité des acteurs
Les victimes de Manéah ne sont pas seulement les otages d’un aléa naturel. Elles paient aussi le prix d’une chaîne de responsabilités partagées.
Tout d’abord, les populations locales contraintes par la pauvreté et l’absence d’alternatives, s’installent dans des zones non constructibles. Quant aux autorités locales, elles sont accusées d’avoir toléré, voire facilité, l’implantation des populations dans ces genres d’endroits.
Ensuite, les entreprises de BTP, dont les travaux ont fragilisé la montagne sans réelle évaluation environnementale préalable ont leur grande part de responsabilité dans cette tragédie de Manéah. Et enfin, l’État, garant de la prévention et du contrôle, n’a pas du tout su anticiper ni corriger ces risques pourtant identifiés de longue date.
Et maintenant ?
Le glissement de terrain de Manéah illustre une vulnérabilité chronique face aux catastrophes naturelles. Chaque saison des pluies réactive la peur des éboulements, inondations et affaissements dans plusieurs zones du pays. La solidarité déployée sur le terrain, armée, Croix-Rouge, protection civile, volontaires est louable, mais reste une réponse d’urgence.
Le véritable enjeu réside désormais dans la capacité de l’État guinéen à assumer sa responsabilité, planifier un aménagement du territoire rigoureux, imposer aux entreprises le respect des normes environnementales, et protéger les citoyens de drames qui, loin d’être inéluctables, sont la conséquence directe de choix humains.
Oury Bah


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