La Guinée est une nouvelle fois frappée par des inondations dévastatrices : 17 personnes ont trouvé la mort dans la nuit du 31 juillet à Conakry, et un disparu reste introuvable. Ce drame s’ajoute aux 15 décès enregistrés entre le 28 juin et le 28 juillet, pour plus de 1 200 ménages sinistrés selon Agence Nationale de Gestion des Urgences et Catastrophes Humanitaires (ANGUCH). Une tragédie qui révèle le laxisme dans l’urbanisation doublé aux conséquences des changements climatiques.
Causes des inondations
Les causes réelles de ce phénomène sont diverses et variées. Il faut tout d’abord parler de la non application des textes juridiques et règlementaires qui encadrent l’urbanisation. Bien que des textes réglementaires d’urbanisme et d’assainissement prévoient des zones inconstructibles, des canaux obligatoires et un entretien régulier des infrastructures, ces normes restent largement ignorées et des sanctions ne sont généralement pas infligées aux personnes responsables.
Ensuite, il y a le changement climatique qui amplifie la fréquence et l’intensité des épisodes pluvieux. Ces pluies diluviennes, combinées à l’urbanisation désordonnée, rendent les grandes villes comme Conakry particulièrement vulnérables. L’urbanisation anarchique et irrégulière, souvent autorisée ou tolérée, entraîne des constructions dans les zones inondables. Les constructions sur les zones basses, la destruction des mangroves et l’absence d’un réseau de drainage moderne créent des conditions idéales pour des inondations meurtrières.
Enfin, il y a l’absence de planification et de préparation des acteurs. Plusieurs zones à haut risque n’ont pas été relogées à temps ou sécurisées avant et pendant la période de grandes pluies.
Conséquences humaines, économiques et sanitaires
Décès massifs, surtout dans les quartiers en contrebas de Conakry, souvent la nuit, comme dans la tragique nuit du 31 juillet 2025. Chaque pluie est désormais perçue comme une menace. Les pertes humaines, les sinistrés, les dégâts matériels importants, la paralysie des infrastructures, et la dégradation de la santé publique deviennent monnaie courante. Les quartiers inondés manquent d’accès à l’électricité parfois, à l’eau potable, à des latrines fonctionnelles et deviennent rapidement des foyers de maladies, surtout pour les enfants.
Quelles solutions durables pour en sortir ?
Face à cette triste réalité qui endeuille les famille et qui n’est pas prête à s’arrêter, la première urgence est de réguler l’urbanisation. Il est indispensable de geler toute construction dans les zones à risque élevé, en particulier les zones marécageuses, les abords des rivières et les bas-fonds. Les collectivités doivent appliquer strictement les règles d’urbanisme et procéder à des démolitions en cas d’implantation illégale, avec l’appui du gouvernement.
Ensuite, il faut s’attaquer à l’état des infrastructures de drainage. Un programme national de curage et d’entretien des caniveaux doit être mis en œuvre de manière systématique avant chaque saison des pluies. La construction de nouveaux ouvrages de drainage, de bassins de rétention, et la réhabilitation des canaux obstrués sont des investissements incontournables.
En parallèle, la prévention et l’alerte communautaire doivent devenir des piliers de la résilience urbaine. Les systèmes d’alerte météo doivent être renforcés et accessibles à tous, via les radios communautaires, les téléphones et les réseaux sociaux. Il est aussi essentiel de sensibiliser les citoyens sur les comportements à adopter avant, pendant et après les inondations.
Le relogement des familles vivant dans les zones les plus vulnérables doit être planifié avec humanité et responsabilité. L’État doit identifier et aménager des zones de relogement viabilisées, dotées d’infrastructures sociales de base, tout en accompagnant les populations dans la transition.
Enfin, il est crucial de favoriser une gouvernance inclusive et concertée. L’implication des collectivités locales, des services techniques, de la société civile et des communautés est essentielle pour surveiller l’état des ouvrages, signaler les risques et assurer la pérennité des actions. Il est également nécessaire de créer un fonds spécial de gestion des risques urbains, alimenté par l’État, les bailleurs et les entreprises, pour soutenir les efforts d’adaptation et de relogement.
Il faut noter qu’en Guinée, les inondations ne sont plus des catastrophes naturelles, mais bien le résultat d’un modèle urbain désordonné et d’une gestion environnementale défaillante. Face à l’urgence climatique et aux pertes humaines évitables, il est temps de mettre fin à l’impunité urbaine et de bâtir des villes résilientes, planifiées, humaines et durables.
Une analyse de Mamadou Oury Bah pour guineeline.net


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