Avec 550 décès pour 100 000 naissances vivantes, la Guinée fait face à une crise silencieuse qui coûte la vie à des centaines de femmes chaque année. Le Dr Ben Youssouf Keïta tire la sonnette d’alarme et interpelle les autorités sur l’urgence d’agir.
Malgré les engagements pris par les autorités sanitaires et les partenaires techniques, la Guinée reste l’un des pays les plus touchés par la mortalité maternelle en Afrique de l’Ouest. Un constat glaçant révélé par les données de l’enquête MICS 2016, qui indique un taux de 550 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes.
Pour le Docteur Ben Youssouf Keïta, médecin généraliste interrogé par notre rédaction, la situation est tout simplement inacceptable. « Les principales causes de décès sont bien connues : hémorragies graves, grossesses précoces, accouchements non assistés par du personnel qualifié et absence de consultations prénatales », explique-t-il.
Pire encore, de nombreuses femmes continuent d’accoucher dans des conditions précaires, souvent chez des matrones non formées, par manque d’information ou de moyens financiers.
Des pathologies négligées, des risques accrus
Outre ces causes directes, des maladies chroniques comme l’hypertension, le diabète ou l’insuffisance rénale aggravent la situation. Non dépistées ou mal suivies, elles entraînent des complications graves lors de l’accouchement. « Ces pathologies sont silencieuses mais redoutables. Sans un suivi médical rigoureux, elles deviennent fatales », prévient le Dr Keïta.
Selon le spécialiste, les complications obstétricales, comme les positions anormales du fœtus ou les disproportions fœto-maternelles, représentent également un danger réel en l’absence de soins appropriés.
Une urgence sanitaire nationale
Face à cette hécatombe évitable, le praticien plaide pour des réformes structurelles fortes. Parmi ses recommandations, il note l’augmentation significative du budget du ministère de la Santé, la formation continue du personnel soignant sur les soins obstétricaux d’urgence, l’assurance de la disponibilité des médicaments essentiels, notamment les suppléments en fer et acide folique au sein des structures sanitaires et le renforcement des campagnes de sensibilisation sur les consultations prénatales.
« Chaque grossesse doit être médicalement suivie dès le début. L’accouchement est une étape critique dans la vie d’une femme. Trop de familles guinéennes ont perdu une épouse, une sœur ou une fille dans des conditions évitables », conclut-il.
En définitive, le cri d’alerte du Dr Keïta résonne comme un appel à l’action immédiate. Pour sauver des vies, il est urgent de mettre la santé maternelle au cœur des priorités publiques.
Christine HABA


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