Alors que la Guinée se prépare à adopter une nouvelle Constitution par référendum en septembre 2025, les questions environnementales occupent une place inédite dans le texte proposé par le Conseil National de la Transition (CNT). Si les ambitions sont louables, les spécialistes et défenseurs de l’environnement alertent déjà sur des manquements cruciaux face à l’ampleur des menaces écologiques dans le pays.
Un cadre constitutionnel environnemental renforcé
Le projet de Constitution consacre plusieurs articles à la protection de l’environnement, à la lutte contre le changement climatique, à la préservation de la biodiversité et au développement durable.
L’article 30 érige le développement durable en principe constitutionnel, en y intégrant l’équité sociale, les technologies vertes et la résilience climatique. Quant à l’article 54, il reconnaît le droit de chaque citoyen à vivre dans un environnement sain et ouvre la voie à des recours en justice contre les atteintes graves aux écosystèmes.
Autre avancée notable : l’article 53 oblige l’État à garantir la conservation de la biodiversité, une exploitation durable des ressources naturelles et la participation des citoyens aux décisions environnementales. Il mentionne également la nécessité d’évaluations d’impact environnemental et de la juste répartition des bénéfices issus des ressources naturelles.
Une reconnaissance symbolique face à des réalités alarmantes
Malgré ces engagements, le texte reste silencieux sur des enjeux critiques qui affectent quotidiennement les Guinéens. Aucune disposition ne mentionne explicitement les ravages des feux de brousse, la pollution minière, ou les effets d’une urbanisation galopante et mal maîtrisée.
De même, si l’obligation de maintenir une couverture forestière est évoquée, aucun seuil chiffré contraignant n’est inscrit dans le texte. Pourtant, les forêts guinéennes, les aires protégées ou les mangroves côtières subissent une pression croissante liée à l’exploitation industrielle, à l’agriculture extensive et à l’exploitation artisanale.
Une justice environnementale encore floue
Le projet ouvre la possibilité d’agir en justice en cas d’atteinte à l’environnement. Mais en l’absence d’une institution indépendante chargée du suivi environnemental et du contrôle de la légalité, cette disposition pourrait rester lettre morte.
Autre point faible : aucune mention claire de la redistribution obligatoire des revenus miniers aux communautés locales affectées par les projets d’extraction. Pourtant, dans les zones minières comme Boké, Boffa, Télimelé, Siguiri, Dinguiraye, Kérouané, Beyla ou Mandiana, les populations dénoncent régulièrement les effets néfastes sur les terres agricoles, les cours d’eau, la santé, sans réelle compensation.
Que faire pour Constitution réellement verte !
Les organisations environnementales et défenseurs des causes environnementales plaident pour l’intégration de seuils obligatoires de conservation des forêts et zones humides et la création d’un Haut Conseil pour l’environnement doté de moyens et de pouvoirs de sanction. Ils militent aussi pour l’inscription de clauses sociales et environnementales intangibles dans la Constitution et une garantie du consentement libre, préalable et éclairé des communautés avant tout projet impactant l’environnement.
En somme, le projet de Nouvelle Constitution marque un progrès symbolique vers une gouvernance plus durable en Guinée. Il reconnaît pour la première fois les droits environnementaux comme des droits fondamentaux. Mais pour transformer ces principes en réalités tangibles, il faudra aller plus loin. C’est-à-dire, concrétiser les engagements, sécuriser les mécanismes de mise en œuvre et renforcer la justice environnementale.
Dans un pays où les écosystèmes sont gravement menacés par l’exploitation des ressources naturelles, une Constitution verte ne saurait se limiter à de nobles intentions. Elle doit devenir un outil de protection, d’équité et de résilience pour les générations présentes et futures.
Mamadou Oury Bah


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