La Guinée vient de franchir une étape majeure dans sa stratégie de développement. Réunis en session plénière le 5 mars 2026, les conseillers nationaux du Conseil national de la transition (CNT) ont adopté deux textes structurants : la loi-plan 2026-2040 et la loi-programme 2026-2030 du programme Simandou 2040. Un projet colossal estimé à 330 milliards de dollars, censé transformer en profondeur l’économie guinéenne au cours des quinze prochaines années.
Présenté comme une initiative portée par le président de la République, ce programme ambitionne de changer l’échelle du développement économique du pays. Selon le rapport de la Commission des finances du CNT, l’objectif est d’atteindre une croissance économique moyenne de 10,3 % par an, avec un produit intérieur brut projeté à 152 milliards de dollars d’ici 2040, contre environ 35 milliards actuellement. À cela s’ajoute la promesse de plus de 5 millions d’emplois supplémentaires et une diversification progressive de l’économie, encore largement dépendante du secteur minier.
Le programme Simandou 2040 repose sur 122 mégaprojets et 39 réformes répartis dans 14 secteurs prioritaires, structurés autour de cinq piliers stratégiques. L’agriculture, l’industrie alimentaire et le commerce concentrent 32 projets pour un investissement estimé à 65 milliards de dollars. L’éducation et la culture bénéficient de 13 projets et 40 milliards de dollars d’investissement. Le pilier infrastructures, transports et technologies représente la part la plus importante avec 52 mégaprojets pour près de 100 milliards de dollars, incluant notamment la construction de 2 900 km d’autoroutes, 2 500 km de lignes ferroviaires et une couverture numérique nationale portée à 95 % d’ici 2040.
Les secteurs de l’économie, des finances et des assurances comptent 16 projets pour 1,5 milliard de dollars, tandis que la santé et le bien-être devraient mobiliser 30 milliards de dollars à travers sept projets majeurs.
Pour financer ce programme ambitieux, le gouvernement prévoit un modèle de financement mixte :
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38 % provenant du secteur privé, soit 126 milliards de dollars ;
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32 % du budget de l’État, soit 105 milliards ;
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19 % des fonds souverains, soit 61 milliards ;
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11 % des bailleurs internationaux, soit 37 milliards.
La première phase de mise en œuvre, prévue sur la période 2026-2030, devrait mobiliser environ 75 milliards de dollars, dont 20 milliards déjà engagés à travers le projet Simandou.
Pour les autorités, ce programme s’inscrit dans la continuité des stratégies nationales précédentes, notamment le PNDES 2016-2020 et le Plan de référence intérimaire 2021-2025. Il est également aligné sur les orientations de la CEDEAO, de l’Agenda 2063 de l’Union africaine et des Objectifs de développement durable.
Les conseillers nationaux voient dans Simandou 2040 une opportunité historique pour la Guinée, capable de transformer son potentiel minier en levier de développement économique, d’industrialisation et d’amélioration des conditions de vie des populations. Selon eux, si le programme est exécuté avec rigueur et bonne gouvernance, il pourrait permettre au pays d’entrer dans une nouvelle phase de son histoire économique.
Mais cette ambition s’accompagne aussi de défis majeurs. Les parlementaires ont insisté sur la nécessité de renforcer la transparence, la redevabilité et la coordination institutionnelle, tout en garantissant une gestion responsable de l’endettement et des impacts environnementaux. Ils ont également recommandé le respect effectif de la décentralisation budgétaire, notamment à travers la rétrocession régulière des ressources aux collectivités locales.
Pour assurer le suivi du programme, une Delivery Unit, chargée de la coordination, du suivi et de l’évaluation des projets, sera mise en place. Toutefois, cette structure ne participera pas directement à l’exécution des projets.
Si Simandou 2040 nourrit beaucoup d’espoirs, certains observateurs s’interrogent déjà sur la capacité réelle du pays à mobiliser et gérer efficacement 330 milliards de dollars d’investissements sur quinze ans. D’autres soulignent que la réussite du programme dépendra surtout de la qualité de la gouvernance, de la transparence dans l’utilisation des ressources et de l’inclusion des citoyens dans le suivi des projets.
Car derrière l’ambition affichée, une question demeure : Simandou 2040 sera-t-il le moteur d’une véritable transformation économique pour la Guinée, ou un projet de plus confronté aux défis récurrents de gouvernance et de gestion des ressources publiques ?
Le débat est désormais ouvert.


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