La consommation de viande de brousse dans les centres urbains guinéens continue de poser de sérieux défis en matière de biodiversité, de santé publique et de sécurité alimentaire. Longtemps perçue comme une pratique rurale, elle demeure pourtant bien ancrée dans les habitudes alimentaires urbaines, portée par des facteurs culturels, économiques et sociaux encore mal documentés.
C’est dans ce contexte que Guinée Ecologie, en collaboration avec l’Université de Kent et sous la coordination de la Direction Nationale des Forêts et de la Faune, a organisé le 17 février 2026 à Conakry un atelier consacré à la consommation d’espèces sauvages dans les centres urbains en République de Guinée.
Comprendre l’ampleur d’un phénomène peu documenté
La première session de l’atelier a permis de dresser un aperçu de la consommation de viande sauvage dans les villes guinéennes. Les échanges ont mis en évidence la rareté des données sur les fréquences de consommation, les espèces concernées et les motivations des consommateurs. Pourtant, même à faible consommation individuelle, la demande urbaine cumulée entraîne une pression accrue sur la faune sauvage, provoquant l’épuisement des écosystèmes sur de vastes zones autour des villes.
Les participants ont également souligné les conséquences écologiques majeures de cette pratique : perte de biodiversité, déséquilibres des chaînes alimentaires et dégradation des services écosystémiques essentiels aux communautés locales.
Un enjeu de santé publique et de sécurité alimentaire
Au-delà des impacts environnementaux, la consommation de viande de brousse pose des risques sanitaires importants, notamment en lien avec les maladies zoonotiques. Dans des villes de plus en plus densément peuplées, ces risques sont amplifiés par des circuits de commercialisation souvent informels et peu contrôlés.
Les discussions ont également porté sur les implications nutritionnelles. Si la viande sauvage constitue parfois une source de protéines accessible, sa surexploitation menace à long terme les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire des populations, en particulier lorsque des alternatives durables restent limitées.
Vers une réponse multisectorielle
L’atelier a réuni une trentaine d’acteurs issus des ministères sectoriels, des services techniques, des universités, des ONG nationales et internationales. Cette diversité a permis d’ouvrir un dialogue intersectoriel autour de solutions concrètes : renforcement du cadre législatif, approches fondées sur les systèmes alimentaires durables, conservation des aires protégées et création d’un comité national interministériel sur la gestion des espèces sauvages.
En mettant en lumière les causes profondes de la consommation de viande de brousse en milieu urbain, cet atelier marque une étape importante vers une meilleure compréhension du phénomène et l’élaboration de réponses adaptées. Il rappelle surtout l’urgence d’agir collectivement pour concilier protection de la biodiversité, santé publique et bien-être des populations en Guinée.
Mamadou Oury Bah pour guineeline.net


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